"Le plus sale boulot au monde"
Actualisé - mercredi 16 décembre 2009
Environ 1,3 million d'Indiens sont encore piégés par le boulot dégradant et dangereux du balayage manuel des excréta humains seize longues années après que le pays a adopté une loi pour rendre illégal ce travail qui constitue une menace pour l’homme.
Même dans l’Inde moderne, les éboueurs manuels travaillent encore au nettoyage de ce que Wilson Bezwada de Safai Karmachari Andolan appelle "merde du puits". Ainsi, les gens "font de la discrimination et regardent les éboueurs de haut". "Le plus sale boulot au monde" est le titre de la vidéo émouvante qu'il a montrée à un événement parallèle organisé par WaterAid et l’IRC le 18 août 2009 à Stockholm [www.youtube.com/watch?v=DXLBS5nw2Co]
Safai Karmachari Andolan est la campagne nationale initiée par M. Bezwada qui lui-même est issu d'une famille d'éboueurs. La campagne indique que : "grâce à l’éradication du nettoyage manuel, nous briserons le lien imposé par le système de castes par rapport aux métiers innés et déshumanisants. C'est une question de dignité humaine”.
“ Comme un prêtre prédestiné à prêcher… ”
Depuis 1986, le mouvement a engagé des luttes de longue haleine dont l’une consiste à changer les mentalités des éboueurs eux-mêmes. Plusieurs d’entre eux croient que "comme un prêtre prédestiné à prêcher, nous sommes prédestinés à effectuer ce travail".
Pour Bezwada, la lutte pour la suppression de l’ébouage manuel ne s’achèvera que si chaque personne est libérée du fléau. "Ce n'est pas une lutte pour le pouvoir, la richesse, ni la gloire, mais pour la dignité humaine et le respect ", soutient-il.
Engagement insuffisant du gouvernement
Bezwada affirme que le gouvernement indien n'a pas fait montre d’assez d'engagement pour libérer les personnes impliquées dans un travail qui n'existe même pas légalement.
Sans matériels de protection tels que des bottes, des masques ou des gants, les éboueurs manuels, rendent les toilettes propres et débouchent les égouts. Ils ramassent les matières fécales dans des paniers garnis de feuilles ; une activité qui provoque des maladies chez plusieurs d’entre eux. Environ 80% de ces ouvriers sont des femmes. La plupart d'entre eux sont Dalits. Ils perçoivent une somme dérisoire de 900 roupies (15 euros) par mois et ne peuvent s’offrir que des médicaments bon marché pour se soigner.
Pour la plupart des éboueurs, le travail est pénible et sans dignité. "Nous n’avons pas encore dit à nos enfants quel travail nous faisons. Ils ne comprendraient pas ; il n'y a aucune fierté à faire celui-ci" confie une éboueuse dans la vidéo.
Icône d'espoir
Bezwada est devenu une icône d'espoir pour les sans espoir, lui qui lutte pour sortir les éboueurs manuels de leur situation difficile, avec un plan de lutte 2010 déjà élaboré.
La situation n'est pas si sombre. Bezwada affirme que grâce à Safai Karmachari Andolan, un nombre important d'éboueurs manuels ont été libérés et bénéficient de moyens alternatifs de subsistance.
Harriette Naa Lamiley Bentil (beehert2@yahoo.com)
Photos: [www.safarikarmachariandolan.org]
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